Presse-Archives

INTERVIEW EXCLUSIVE REPRESENTANT RESIDENT FMI M. Olivier Benon

Aoû 23, 2017
INTERVIEW EXCLUSIVE REPRESENTANT RESIDENT FMI M. Olivier Benon

Après l’approbation du dossier Centrafricain par le Conseil d’Administration du Fonds Monétaire International (FMI), Olivier Benon,  Représentant résidant du FMI en Centrafrique  a accordé une interview exclusive au service de communication du ministère des Finances et du Budget. A bâton rompu, il a parlé du programme Facilité Elargie de Crédit, du soutien de son institution au Président Touadéra et au gouvernement, et enfin du potentiel économique de la République Centrafricaine.

 

Bonjour Monsieur le Représentant Résidant du Fonds Monétaire International. Le Conseil d’Administration du FMI vient d’approuver, en date du 17 juillet 2017, le décaissement d’une enveloppe de 16,3 millions de dollars, soit 9,2 milliards F CFA dans le cadre du programme Facilité Elargie de Crédit.  Pour le commun des mortels, c’est quoi la Facilité Elargie de Crédit ?

 

Bonjour. La facilité Elargie de Crédit ou FEC dans le jargon du fonds monétaire international, c’est tout simplement l’un des instruments permettant au fonds monétaire international d’appuyer financièrement les Etats membres qui en font la demande, ou ceux qui font face à des difficultés du balance de payements. Je voudrais aussi rappeler que les appuis financiers ne sont que l’un des travaux classiques du FMI puisque, au-delà  de la contribution financière, le fonds monétaire international appuie les Etats membres en matière de conseil dans le cadre de ce qu’on appelle la surveillance multilatérale des 189 pays membres. Comme la République Centrafricaine, chaque année, ces pays membres reçoivent les équipes économiques du fonds monétaire international pour une analyse commune de la situation économique, et ça en dehors de toutes contributions financières. Le FMI intervient également en matière de renforcement des capacités à travers son appui technique aux équipes économiques des pays membres et bien entendu en matière de formation.

 

En ce qui concerne la République Centrafricaine, quels sont les principaux points qui ont été débattus lors du conseil d’administration qui s’est tenu le lundi, 17 juillet 2017 ?

 

Bien sûr, au cours de la réunion du conseil d’administration du 17 juillet, les administrateurs du FMI ont souhaité connaître l’évolution de la situation sécuritaire en République Centrafricaine, car bien entendu la situation sécuritaire a un impact sur l’activité économique et à fortiori sur les perspectives de croissance que les équipes du FMI débattent avec leurs homologues en République Centrafricaine. Ainsi, au début de l’année 2017, les équipes du FMI ont été conduites à revoir légèrement à la baisse le taux de croissance envisagé pour la république centrafricaine de l’ordre de 5 à 4,7%, précisément en raison de la situation sécuritaire dans le pays. C’est un élément qui a été discuté lors de  la réunion du conseil d’administration. L’autre élément très important, c’est la mise en œuvre des réformes sous-tendant le programme économique du gouvernement soutenu par la fameuse facilité élargie de crédit, réformes engagées depuis le milieu de l’année 2016 dans le cadre du programme qui a été approuvé en juillet 2016. Toutes ces réformes visent à donner une marge de manœuvre budgétaire  suffisante pour permettre au Président Touadéra et au gouvernement   de pouvoir  dégager des ressources nécessaires pour développer davantage le pays à travers des investissements et couvrir les dépenses sociales les plus importantes qu’attend la population centrafricaine dans ce contexte de la réconciliation.

 

Les pays de la CEMAC traversent actuellement une zone de turbulences au plan macroéconomique. La croissance a connu une forte et rapide « décélération » pour s’établir autour de 1%. Mais les équipes du FMI ont fait une prévision, pour l’année 2017, de 4,7% en termes de taux de croissance du PIB pour la Centrafrique. Qu’est-ce qui expliquerait ce résultat ?

 

D’abord, peut-être une bonne nouvelle. Au mois d’avril dernier, le fonds monétaire international a revu légèrement à la hausse la perspective de croissance mondiale. Désormais, on ne table plus sur un chiffre mondial de croissance de l’ordre de 3,5%.  On a légèrement monté la prévision par rapport au début de l’année 2017. Alors, vous avez parfaitement raison. La zone CEMAC comme beaucoup de pays de l’Afrique Sub-saharienne a subit un choc lié à la baisse drastique de produits de matières premières, et en particulier ce qui affecte la plupart des pays de la CEMAC qui sont des pays producteurs du pétrole, puisque le prix du pétrole a chuté de manière dramatique  entre 2013 et 2014, et cette tendance se poursuit. D’où la raison de ce choc que vous avez vous-même évoqué et se traduit en réalité par des perspectives globales de croissance inférieure à 1%. La République Centrafricaine est dans une situation différente, tout simplement parce qu’elle est un pays importateur de produit pétrolier et bénéficie en réalité de la baisse mondiale du prix du pétrole. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle le Fonds Monétaire international est optimiste en matière de croissance en République Centrafricaine. La RCA est pleine de potentiels et il y a évidemment un redémarrage, certes progressif, en secteur agricole. Il y a un redémarrage dans les perspectives de production du coton. Avec la levée partielle de l’embargo dans le cadre du processus de Kimberly, on assiste également au redémarrage de l’industrie  minière avec le diamant, et on sent d’ores et déjà un redémarrage dans le secteur d’exploitation forestière. Tous ses facteurs soutenus dans le cadre du plan pour le relèvement et la consolidation de la paix que le Président Touadéra et le gouvernement ont présenté lors de la conférence de Bruxelles en novembre 2016 et tout le programme d’investissement qui sous-tend ce plan de relèvement, vont avoir un impact favorable sur la croissance. Pour votre information, au-delà de 2017, à condition que les conditions sécuritaires se stabilisent et s’améliorent, la croissance est projetée de l’ordre 5,3% pour l’année suivante.  

 

Pendant sa visite en Centrafrique, la Directrice général du FMI a promis son soutien au Président de la République et au gouvernement. Où en sommes-nous ?

 

D’abord, je voudrais souligner que la visite de Madame Lagarde à l’invitation du Président Touadéra, je crois, symbolise clairement, je dirai la relation excellente qui existe entre le fonds monétaire international et la République centrafricaine. Je rappellerais que c’est pour la première fois qu’un Directeur Général du fonds monétaire international s’est rendu en République Centrafricaine, à Bangui. Madame Lagarde qui est dans la continuité des relations entre le FMI et la République Centrafricaine, est venue réaffirmer son soutien au Président Touadéra et à son gouvernement pour tous les efforts en vue de la consolidation de la paix et du développement économique. J’en veux encore une fois pour symbole le montant des dons qui ont été annoncés lors de la conférence de Bruxelles en novembre 2016 et le fonds  monétaire international était naturellement présent. Madame Lagarde a également annoncé que la république centrafricaine continuerait à bénéficier de l’appui financier du fonds monétaire international, et s’était engagée à la demande du Président Touadéra de préparer une augmentation de la contribution du fonds monétaire international. Et c’est ce qui avait été déjà fait puisque, au cours de la réunion du conseil d’administration, communiqué il y a quelques instants, le conseil d’administration a donné son accord pour une augmentation significative d’un montant de 15 millions de dollars additionnel au 120 millions de dollars prévus pour les trois prochaines années. Ce qui est un effort important au niveau du fonds  monétaire international. Cette augmentation permet de passer en approche  des 100% du quota disponible de la république centrafricaine. Je vous disais tout à l’heure, la contribution financière est une chose mais le fonds monétaire international a redoublé d’effort pour appuyer les cadres centrafricains en matière de renforcement des capacités. Au cours du dernier mois, depuis le premier janvier 2017, vingt cinq missions d’appui technique du fonds monétaire international sont venues discuter avec les homologues dans les différentes régies, dans les différents départements ministériels, en particulier auprès des cadres du ministère des Finances et du Budget. Je crois que c’est un témoignage de ce que madame Lagarde avait annoncé lors de sa visite à Bangui.

 

Aujourd’hui, le gouvernement prêche la relance de l’économie centrafricaine. En votre qualité de fonctionnaire international et aussi d’observateur de la vie économique de la République Centrafricaine, êtes-vous optimiste?

 

Bien entendu ! La République Centrafricaine regorge de potentiels, on a évoqué tout à l’heure. L’agriculture mérite d’être relancée. J’ai apprécié avec intérêt le séminaire qui a été organisé par les autorités centrafricaines sur le secteur de l’agriculture, il y a quelques jours à Bangui. Il faut redéterminer les pôles de développementdans ce secteur, ils sont nombreux, on a cité le coton, le café etc. En dehors de cela, au fur et à mesure que l’embargo dans le cas du processus de Kimberly sera levé, un potentiel pour relancer l’économie et le secteur du diamant va également contribuer à la croissance évoquée tout à l’heure. Enfin, encore une fois, des projets d’investissements bien ciblés, bien préparés, créateurs d’emplois pour la jeunesse et la population centrafricaine vont naturellement contribuer à cette inclusive, cette croissance partagée de manière à soutenir la lutte contre la pauvreté dont la République Centrafricaine a besoin pour asseoirdéfinitivement la paix.

 

Monsieur le Représentant, peut être un dernier mot aux décideurs et amis de la république centrafricaine

 

Vous savez, j’ai rejoint mon poste ici il y a maintenant huit mois, je commence à découvrir la République Centrafricaine et naturellement les centrafricains. Je suis très heureux de cette affectation, je suis très heureux de pouvoir contribuer par les avis et conseils techniques à tout ce qui se passe dans ce pays  et bien entendu je suis à la disposition des autorités, du gouvernement, du ministre des Finances et du Budget, du ministre de l’Economie, du plan et de la coopération pour travailler aux côtés de la République centrafricaine.

 

Monsieur le Représentant du Fonds Monétaire International, nous vous remercions.

 

Merci à vous